Les deux courants scientifiques italiens dans la politique de la revalorisation de la lire

Tratto da:

Société belge d’études et d’expan-sion. Bulletin périodique

Data di pubblicazione: 01/09/1927

Les deux courants scientifiques italiens dans la politique de la revalorisation de la lire

«Société belge d’études et d’expansion. Bulletin périodique», settembre 1927, pp. 473-476

 

 

 

La revalorisation de la lire entreprise par le gouvernement italien a amélioré le cours de la lire du minimum de 155 lires par livre sterling atteint en Juillet 1926, et du cours moyen de 120 lires environ pendant les quatre dernières années, au taux de 90 lires actuel. A ce niveau la lire devra, suivant les déclarations réitérées du gouvernement, s’arrêter «indéfiniment» dans le but de permettre aux forces productives de l’industrie, de l’agriculture et du commerce de s’y adapter.

 

 

Dans aucune occasion, toutefois ni les communiqués du chef du gouvernement, l’Hon. Mussolini, ni ceux du Ministre des Finances, l’Hon. Comte Volpi, ne firent allusion à la stabilisation «définitive» de la lire au taux de 90; de sorte que des déclarations que la lire sera maintenue «indéfiniment» stable au taux de 90 nous ne sommes pas autorisés à conclure qu’il entre dans les intentions du gouvernement de fixer à 90 lires par livre sterling le cours de la lire, mais seulement que la lire sera maintenue à cette limite pour longtemps, peut-être très longtemps, pour tout le temps nécessaire afin que les prix du gros et du détail, les loyers des maisons et des terrains, les salaires, les appointements, les coïts de production, les impôts, etc., etc., puissent s’adapter au niveau du change ainsi fixé. Il n’est pas exclus que quand le nouvel équilibre sera atteint on procédera à un pas ultérieur sur le chemin de la revalorisation, et ainsi par degrés successifs jusqu’au retour au pair.

 

 

Ce n’est pas exclu, mais cela ne résulte pas de déclarations positives, le gouvernement se réservant la liberté d’agir suivant les circonstances futures.

 

 

Cette politique monétaire italienne diffère nettement de celle des autres pays latins dont l’un, la Belgique, a stabilisé le franc au cours de 175 par livre sterling soit à un taux dégréement supérieur à celui qui avait cours au moment de la stabilisation et l’autre, la France, maintient avec ténacité‚ le taux du franc à 124 par livre sterling, s’opposant, quand c’est nécessaire, par des émissions nouvelles de papier monnaie aux tendances qui se faisaient jour de porter le franc à des cotations bien meilleures que celles actuelles.

 

 

L’expérience de chacun de ces trois pays donne lieu à des confrontations hautement intéressantes et à des discussions scientifiques qui peuvent être grandement instructives. Je ne veux pas, pour mon compte, discuter ici le problème à fond l’espace assigné à cette étude e serait de loin, pas suffisant. Mon intention est seulement d’exposer les courants d’id‚es qui, dans le champ de la science italienne, se sont manifestés, pour illustrer la politique de la revalorisation progressive de la lire.

 

 

Un premier courant est celui que l’on pourrait appeler traditionnel et classique. Il fît préconisé‚ par des hommes comme le Professeur Achille Loria sénateur, et le professeur Jules Alessio, ancien ministre de l’Economie Nationale. Le premier dans de nombreux discours au Sénat, le second dans un livre intitulé La revalorisation de la lire (Milan 1926), prennent comme point de départ la réduction de la circulation du papier monnaie pour arriver à la revalorisation de la lire. En somme ceux-ci raisonnent sur la base de la théorie quantitative de la monnaie: si grâce aux excédents budgétaires il devient possible petit à petit, en cinq dix ou vingt ans, de réduire la quantité de papier en circulation de 20,4 milliards de lires environ au 30-6-1926 à une quantité correspondante (au niveau nouveau des prix mondiaux) aux 2.782 milliards en circulation à la fin de 1913, la lire devra nécessairement revenir au pair. En définitive les producteurs ne subiraient aucun dommage, bien que à chaque échelon successif de la revalorisation ceux-ci, il est vrai, recevraient de la vente de leurs produits finis, un chiffre inférieur à leurs dépenses pour l’achat des matières premières et des autres frais de production, mais avec ce nombre réduit de lires ils pourraient racheter par suite de la baisse des prix, tout autant de produits et payer autant de salaires et autres coïts de production, conservant le surplus habituel à titre de profit industriel. Ce procédé de revalorisation est déclaré insuffisant par d’autres théoriciens de la revalorisation, parmi lesquels se distingue le professeur Benvenuto Griziotti, lequel, à deux reprises, eu un livre intitulé La politique financière italienne (Milan 1926) et un autre Politique monétaire et financière internationale (Milan 1927) tous deux publiés en collaboration avec des élèves distingués a soutenu la thèse que, pour la résumer en peu de mots, on pourrait appeler le renversement de la théorie traditionnelle. La réduction de la circulation ne doit donc pas être la prémisse, le point de départ de la revalorisation de la monnaie dépréciée. Dans un monde imaginaire, dans lequel les hommes agiraient par pur calcul, ou seraient capables d’adaptation subite, ce système pourrait peut-être fonctionner avec avantage. Dans le monde réel la réduction de la circulation fiduciaire produit la baisse des prix; et la perspective soit d’une baisse rapide et imprévue, soit d’une succession indéfinie de baisse, provoque le découragement parmi les producteurs, la crise économique, le chômage, la réduction du rendement des impôts, l’instabilité des finances publiques: bref toute une série d’effets, peut-être temporaires, mais certainement désastreux pour l’économie nationale. L’homme d’Etat qui a en vue principalement le bien être futur de la nation, mais doit également tenir compte de la situation présenté, peut à juste titre rester hésitant devant une politique qui conduit au progrès futur de la nation, à travers une succession de ruines présentes.

 

 

Autre est la politique qui devrait être suivie: la réduction de la circulation papier peut être un moyen accessoire, partiellement employé‚ pour obtenir des effets psychologiques, mais elle ne doit pas être la prémisse de la revalorisation. Tout au plus elle en sera la conséquence. D’abord il conviendra de revaloriser la lire et ensuite la circulation se réduira naturellement.

 

 

On ne peut nier, en effet, quinée bonne partie de la réduction réalisée dans la circulation en Italie (de 20.442.8 millions de lires le 30-6-1926 à 18.965.3 de lires au 30-6-1927) ne soit précisément la conséquence et non la cause de l’amélioration survenue dans les changes. Les changes diminués signifièrent un besoin moindre de capital roulant pour l’industrie et le commerce et, par suite moins de besoin d’escompte de l’institut central d’‚mission. Jusqu’ici nous ne nous éloignerons pas de la théorie traditionnelle laquelle admet bien volontiers quinée fois la poussée initiale donnée à l’avalanche, celle-ci augmente par sa propre force, suivant la rapidité et la grandeur du début. Mais M. Griziotti et ses collaborateurs vont plus loin et affirment: pour revaloriser la lire non seulement il n’y a pas besoin de faire une politique de réduction de la circulation, mais pas même de réduction des crédits. Il faudrait plutôt prodiguer le crédit davantage soit en recourant à l’épargne nationale, soit à celle de l’étranger. Les prémisses de la revalorisation ne peuvent être un moyen, comme la réduction de la circulation ou la réduction des crédits, qui agit de façon pessimiste sur l’esprit des producteurs mais comportent en même temps tous les moyens qui agissent dans un sens optimiste sur ceux-ci à savoir: la baisse et non le relèvement, du taux de l’escompte; l’‚mission d’emprunts à l’étranger, soit pour convertir des emprunts intérieurs plus onéreux soit pour des dettes privées ou apporter de l’argent frais aux industries productives; la concession de crédits aux industries exportatrices, spécialement vers les pays à monnaie dépréciée; l’assurance gouvernementale des crédits pour l’exportation à l’étranger; la réduction des impôts grevant la production et les tarifs des services publics; la réduction des prix de détail, soit par l’institution de coopératives semi- publiques, soit d’entreprises commerciales officielles, soit par une pression énergique des autorités publiques sur les commerçants en détail de denrées alimentaires et sur les propriétaires de maisons pour les loyers. En résumé la revalorisation de la lire est synonyme de reconstruction économique, d’augmentation de la production, de réduction des frais, d’élimination des entreprises parasitaires et de concentration des meilleures. Il convient que la revalorisation soit la conséquence naturelle de tout un ensemble de mesures et de transformations, par lequel l’économie nationale soit poussée à un niveau supérieur d’efficacité et de productivité.

 

 

La réduction de la circulation est un procédé trop simpliste pour atteindre le but en vue. La dépréciation de la lire ‚tant une maladie profonde; laquelle a atteint toute la vie économique et sociale, seule une politique composée de reconstruction économique et sociale peut conduire à la revalorisation.

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